Eclosion de la Pondation de Félicie


Septembre 2015

Florence participait à un concours de startups à Châteaudun nommé AgreenStartup. Ce concours consiste à participer à la création ou amélioration d’un projet présenté par un candidat. Ce candidat pitche son projet auprès de personnes qui pourront l’aider à développer en 48h : développeurs web, graphistes, communicants, consultants, mentors, bricoleurs, curieux…

Lisa tenait le stand de l’entreprise de Florence pendant ce temps-là. Le dimanche matin, au petit-déjeuner, nous regrettions le manque d’alternatives végétales et nous avions pris nos provisions. Lisa se demandait comment elle pourrait participer mais ne voyait pas ce qu’elle pourrait apporter aux projets présentés lors de ce type d’événements.

La conversation est arrivée jusqu’aux oreilles d’Aurélie Beaupel, coordinatrice et figure emblématique des premiers Agreenstartup, qui nous a rappelées que chacun possède des talents et que toute personne peut monter un projet, quelqu’il soit. De plus les concours de startups était le cadre idéal pour tester un projet. Sans Aurélie, il n’y aurait jamais eu de Pondation de Félicie.

Le lundi soir, nous partîmes pour les Pays-Bas, où nous avions prévu de passer quelques jours de vacances. La conversation du dimanche matin nous trottait toujours dans la tête et pendant que Florence traitait ses courriels le matin, Lisa pris un emballage de barres de céréales, un crayon, et commença à faire l’ébauche de ce qui deviendrait La Pondation de Félicie. Notre idée étant de participer au prochain AgreenStartup qui se déroulait à la Roche-sur-Yon (Vendée) lors d’un salon de l’élevage. Que pouvions-nous faire qui pourrait avoir un impact sur les animaux, tout en mettant un coup de pied dans la fourmillière le chou kale 😊 ?

Nous avons passé deux mois à tenter des trucs et surtout apprendre à présenter ce que nous voulions en 3 minutes, chrono en main. Il fut ainsi décider de monter notre projet autour des poules pondeuses, les grandes oubliées de l’élevage, les machines à œufs sur pattes… Bref…


Novembre 2015

Nous débarquons à la Roche-sur-Yon assez naïvement. Nous savions que ce serait compliqué, vu le contexte, mais nous ne nous attendions pas à ce qui allait se présenter. Notre équipe était composée de… nous deux (comme ce serait le cas à chaque fois). Au départ, nous voulions créer une association pour sauver les poules et une entreprise qui vendrait grains, paillages et poulailler pour financer les projets de l’association. Nous voulions créer de toute pièce un poulailler sur mesure, modulable, connecté et facilitant le nettoyage de 7 à 77 ans (et +).



Dès lors nous avons le soutien sans faille de Didier Thalmann et son entreprise Valuans qui est aussi l’auteur de notre baseline « La Pondation de Félicie, La Poule qui a du Pot » en référence à la poule au pot de Henri IV dont on fait grand cas en Eure-et-Loir. Il nous a également aidé à créer toutes la chaîne de valeurs autour de la Pondation de Félicie, un coup de pouce non négligeable.


<< Ce poulailler a même été modélisé en 3D par nos amis de BeGC Groupe à Goussainville (28).

A chacune de nos recherches, nous tombions des nues : les quantités d’œufs produits, les importations, le nombre de poules envoyées à l’abattoir, les cages, la batterie… A chacune de nos présentations auprès des mentors et d’éleveurs, nous étions abattues et en même temps, remontées :  «Mais comment les particuliers vont faire quand elles seront malade ? Est-ce que vous ferez venir l’équarisseur lors de décès ? » ... Etc… La poule pondeuse en tant que produit… Personne ne pouvait s’imaginer qu’elles pouvaient être des animaux de compagnie à part entière.


A fin de ce premier concours, une personne de l’équipe du Village by CA de Châteaudun nous a indiqué que sa mère faisait des poules pondeuses en batterie pour les œufs qui entrent dans la fabrication de vaccins contre la grippe. Nous pouvions donc en prendre chez elle pour démarrer. Elles partaient à la réforme en décembre.


Décembre 2015

Nous sommes allées chercher nos 5 premières poules que l’éleveuse nous a confié gratuitement. Nous les avons nommées : Félicie (l’Allègre Gallinacée), Paulette, Belle, Bulle et Rebelle (Les Super Nanas). C’est ainsi que nous nous sommes lancées dans l’aventure. Nous avons appris à en prendre soin, à leurs donner la nourriture adaptée… Leurs premiers pas dans l’herbe (très émouvant) ou encore dans la neige… La première mue, les corps tous maigres et les doigts tordus de Félicie… Une entrée en matière assez forte.

Janvier 2016

Nous avons encore peaufiné notre projet lors de l’AgreenStartup du SIVAL à Angers (49). Il devenait évident que ce qui nous manquait était de nous lancer officiellement. L’idée étant de mettre à l’adoption les poules pour mettre les adoptants face à leurs choix de consommation, mais également pour pouvoir en sauver plus aux vues de nos capacités d’accueil (environ 100 poules en même temps).


Février 2016 

La Pondation de Félicie a éclos. Lisa a ouvert une auto-entreprise pour la partie financière, pour se rendre très vite compte que l’association était ce qui servait le plus la cause. Nous avions aussi décidé d’arrêter les concours pour nous concentrer sur les poules, le montage de notre communauté etc… Cependant…

Mars 2016

Le nouveau concours était au Salon de l’Agriculture, nous ne pouvions pas rater une occasion de faire encore plus de bruit. Avec des crêtes sur la tête, nous avons présenté le projet en sachant pertinemment que nous ne serions pas retenues. Quelle n’a pas été notre surprise lorsque plusieurs membres du jury sont venus nous voir pour nous dire que notre projet avait longtemps été débattu, car parmi les plus aboutis et précurseur d’un mouvement à venir mais qu’avec la crise de l’élevage, ils ne pouvaient pas mettre en avant un projet qui mettait à mal les idées reçues sur la poule heureuse en plein- air… Ironie du sort… Nous sommes reparties dans notre Perche, auprès de Félicie et de ses comparses, avec une sensation de fierté… Encore une fois, nous avions la ferme intention de ne pas remettre les pieds dans les concours car nous avions, possiblement, atteint notre potentiel maximum. Le plus important était de sauver des poules et de les mettre à l’adoption chez des particuliers.


Septembre 2016

Un an après le premier AgreenStartup à Châteaudun, Florence étant proche de cet environnement, nous avons rempilé pour une dernière cession. Stand offert, nous avions monté le premier prototype de poulailler, bancal etc Mais finalement, nous l’avions fait nous-même et nous ne regrettons pas d’avoir été jusqu’au bout des choses. Le président du jury était Xavier Beulin (1958 – 2017), président de la FNSEA et du conseil d’administration du groupe Avril. Ce monsieur défendait une agriculture intensive et industrielle, ce qui avait déjà le don de nous irriter, mais en plus, le concours se passait quelques jours après les révélations de l’enquête L214 sur les conditions des poules en cage, notamment au sein du groupe Avril… Nous avons dû serrer les dents quand M. Beulin nous a félicitées pour notre projet, son aboutissement et de nous dire : « Bravo pour votre projet. Vous allez réussir car c’est dans l’air du temps »…


 

Le reste appartient à l’Histoire. Au début, on nous regardait avec méfiance, désormais, nous avons des éleveurs qui nous appellent car ils ne souhaitent pas envoyer leurs poules à l’abattoir. 

Les temps changent…