Félicie sur les bancs de l’Université

Ce 18 septembre, Mr Julien Sellier, professeur d’allemand à l’Université Paris-Est Créteil, organisait une journée dédiée au rapports aux animaux et au mouvement vegan en Allemagne.

 

Après une introduction faisant le tour d’horizon mondial des avancées en termes de reconnaissance des droits des animaux non humains, et nous rappelant que 60% des animaux non humains sur Terre sont des animaux d’élevage subissant l’exploitation humaine, nous avons pu suivre quatre exposés, entrecoupés par un buffet entièrement vegan, où il a été possible de rencontrer les différents intervenants. Une journée riche de découvertes et de réflexion !

Le présent article n’est que ma retranscription de ce que j’ai compris, n’étant en rien spécialisée dans les sujets évoqués. J’espère être le plus fidèle possible dans mon énoncé.

Carl Hagenbeck et les animaux :

Gaëtan Rivière, spécialiste des cirques à Paris, se basa sur l’autobiographie de Carl Hagenbeck (1844-1913) pour nous parler de son rapport aux animaux et de la manière dont il fit évoluer les méthodes de dressage dans le milieu du cirque, ainsi que les conditions de détention en jardins zoologiques.

Quand Carl Hagenbeck, spécialiste dans le commerce d’animaux exotiques et fondateur d’une école de dressage, écrivit sa biographie, « Von Tieren und Menschen », il la pensa comme un roman initiatique retraçant ses expériences, en tirant des conclusions empiriques qu’il intégra ensuite à ses pratiques ; mais gardons à l’esprit que son but était également de promouvoir sa méthode, et de se draper d’une image de vertu.

S’opposant fermement à l’apprentissage par la maltraitance, il établit une forme de rapport paternaliste avec les animaux, à qui il reconnait une intelligence, dont la nature ne diffère pas de celle des humains, mais dont le degré n’est pas le même. Son rapport demeurait donc spéciste et reconnaissait une hiérarchie entre les espèces.

Plaçant des espèces menacées dans des zoos, il était convaincu d’œuvrer pour le bien, d’autant plus qu’il permettait aux animaux de sortir de leur essentialité de par leur rapport avec l’Homme ; capacité qu’il ne reconnaissait toutefois pas à toutes les espèces.

Ses actions s’ancraient également dans un travail de valorisation de la colonisation, et étaient donc teintés de politique autant que de mercatique.

Les positions de Carl Hagenbeck étant critiquables de notre point de vue moderne, il est le reflet de son époque et n’en reste pas moins l’un des pionniers d’une relation inter-espèces bienveillante et fermement opposée aux actes de cruauté.

 

Des existences inquiètes, ou la rupture opérée par la philosophie de la nature de Hegel et la phénoménologie dans l’ontologie animale :

Florence Burgat, philosophe et directrice de recherches à l’INRA, intervenante dans l’enseignement du DU de droits animaliers de Limoges, nous parlait des positions notamment de Hegel et de Husserl, et de leurs étudies phénoménologiques quant au rapport aux animaux et à l’animalité au sens large.

Il s’agissait de sortir de la position cartésienne mécaniste, ne reconnaissant pas de caractère d’être sensible aux animaux ; pour leur reconnaître une certaine forme d’existentialisme, bien que non traduisible en termes de concepts humains.

Hegel définit le végétal comme un organisme immobile et passif, tandis que l’animal, se meut et est doué d’une certaine liberté comportementale. De par l’altérité au monde qui l’entoure, l’animal élabore une inquiétude permanente, car il sait d’expérience qu’il ne se suffit pas à lui-même.

Mais il élabore aussi des désirs, en lien non pas avec la satisfaction de ses besoins primaires, mais bel et bien en lien avec le plaisir de pouvoir jouir de sa propre existence. C’est la distance et l’altérité qui créent le désir, d’où le fait qu’un végétal, en symbiose complète avec son environnement, en soit dénué.

De ce fait, l’animal étant en capacité de jouir de l’existence, et mettant tout en œuvre pour éviter la mort, il sait élaborer des perspectives et a conscience de sa finitude.

Il prouve qu’il tient à la vie et il n’est donc pas de manière éthique de l’en soustraire.

Husserl, par la phénoménologie, met en évidence que les animaux vivent une relation signifiante avec leur environnement, puisqu’ils expriment clairement un caractère propre individualisé, concordant avec leur personnalité, prouvant l’existence d’une psyché construite et non scindée.

Voilà des notions qui font un pont avec le concept d’agentivité animale, que nous évoquions déjà dans un autre article.

 

Les « Human-Animal Studies » dans les universités allemandes :

Helen Keller et Sven Wirth nous ont présenté, en allemand, le réseau CHIMAIRA, chapeautant les évolutions en termes de droits des animaux outre-Rhin.

Le réseau s’inscrit dans un programme d’études universitaires à l’échelle mondiale, avec plusieurs cursus en Europe, et diffuse des catalogues spécialisés dans la question animale d’un point de vue éthique, mais aussi sur la scène politique.

Il nous a été présenté l’évolution des droits des animaux en Allemagne, depuis les programmes du NSDAP, jusqu’à la sortie dans les années 70 du modèle anthropocentriste dont il en découlait ; de la création de la Gesellschaftliche Etabliurung von Tierschutz (notre SPA) aux programmes relatifs aux neurosciences faisant avancer les questions qui nous occupent, avec le désir de création d’un référentiel européen avec un niveau de reconnaissance équivalent pour tous les pays de l’Union.

 

Motifs, conditions et contexte de l’alimentation vegan en Allemagne :

Pamela Kerschke-Risch, maître de conférences à l’Université de Hambourg, nous a proposé une lecture statistique de l’évolution du véganisme en Allemagne et a su nous dresser un tableau des profils concernés par le changement.

La part de végans dans la population allemande est passée de 1 à 10% en l’espace de 15 ans, avec en parallèle une forte évolution de l’offre pour ce qui est des alternatives aux produits carnés en supermarché, ou des offres de restauration adaptées aux exigences de cette nouvelle clientèle.

Les études présentées ont également pu mettre en évidence que, globalement, les vegans sont d’avantage conscient des problématiques environnementales et des répercussions de leur mode de consommation sur la planète et se sentent d’avantage concernés.

Mais le gros levier en matière de changement de comportements de consommation s’avère principalement être l’augmentation de l’offre et la facilité, de nos jours, à devenir vegan sans pour autant changer du tout au tout d’habitudes alimentaires ou de mode de vie.

 

En bref :

Une journée extrêmement enrichissante à l’initiative d’un professeur engagé, qui tente d’introduire la question animale dans les préoccupations de ses étudiants, et permet à tous de profiter de l’intervention de spécialistes en la matière.

Pour les personnes proches de Paris, nous vous invitons donc à suivre de près l’agenda de l’U-PEC pour ne pas manquer les prochains rendez-vous !

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *