Edito de Félicie : La Poule qui a du Pot

Vous vous demandez sans doute qui est cette allègre gallinacée qui gambade librement dans son parcours et profite de la félicitée d’une retraite bien méritée !

Il s’agit de moi-même, Félicie première du nom !

 

Je suis issue d’un élevage de 3000 poules, dont les œufs ont servi à la fabrication de vaccins.

Mais mon parcours est le même que celui des poules de batterie dont les œufs sont destinés à la consommation. Vous savez, le code 2 au début du marquage des œufs.

J’ai d’ailleurs les pattes un peu tordues, d’avoir vécu sur des caillebotis…

J’ai vu le jour dans un couvoir, où l’on m’a séparé de mes frères inutiles à la tâche à laquelle on nous destinait. Ils étaient considérés comme des déchets et furent traités comme tel. Je vous laisse la liberté de vous informer sur leur sort plus en détail.

J’ai ensuite rejoint un élevage de poulettes, toutes futures pondeuses, où j’ai passé 6 mois ; jusqu’à ma maturité sexuelle, où j’ai commencé à pondre.

Durant des générations, ma lignée a subit une sélection minutieuse, de sorte à arriver à la poule de compétition que vous voyez aujourd’hui : 300 œufs pondus la première année de ma vie !

Oui, mais voilà…. La deuxième année, ce n’est plus 300 mais 280 que j’allais pondre.

20 œufs en moins multiplié par les 3000 poules du petit élevage où j’étais en pension ; un manque à gagner impossible à encaisser pour mon éleveur !

J’étais donc destinée à l’abattoir, qui m’aurait acheté quelques 20 centimes par kilo. J’étais trop peu charnue pour être mangée comme tel ; j’allais donc finir en bouillons ou en croquettes.

 

Par chance, mon éleveur avait fait le choix de vendre ses « réformées » dont je faisais à présent partie aux particuliers. A raison d’1€ par poule, il assurait le travail supplémentaire que cela représentait d’accueillir du public, sans pour autant faire de bénéfice du fait de la main d’œuvre déployée en compensation.

Alors, vous vous dîtes que ce modèle ne s’applique qu’aux élevages en batterie…Détrompez-vous !

Pour les œufs de plein air, hormis l’environnement dans lequel sont gardées les poules durant leur année de ponte, le traitement reste le même.

 

C’est ainsi que j’ai été recueillie par mes nouvelles gardiennes.

Elles m’ont trouvé tellement extraordinaire, magnifique et pleine de grâce (ne lésinons pas sur les adjectifs mélioratifs !) qu’elles ont créé une association à ma gloire, et m’ont porté au rang d’effigie de la cause ! J’avais atteint l’immortalité

 

 

Un mot concernant l’élevage bio

 

Fin 2017, mes gardiennes accueillèrent des poules issues d’un élevage bio. L’éleveuse les appelle, soucieuse d’offrir à ses poules une meilleure perspective que l’abattoir !

Par ailleurs, elle avait déjà fait le choix de les garder deux années plutôt qu’une, les considérant comme d’avantage que du déchet de production.

Ses initiatives sont totalement louables et issues d’une démarche bienveillante ; mais elles ont également pu mettre en exergue un problème fondamental qui surviendrait si tous les éleveurs adoptaient cette démarche, toute sincèrement positive soit-elle.

Durant deux ans, elles ont donc vécu en plein air, mangé de la nourriture bio sélectionnée pour stimuler la ponte, et vécu en hiver avec de la lumière artificielle dans le poulailler de sorte à ne pas ralentir la cadence ! Résultat : le tiers va développer des tumeurs ovariennes dans l’année suivante, sans perspective de traitement.

 

C’est à cause de tout ce système que notre position est clairement abolitionniste.

Par ailleurs, nous reconnaissons aussi l’être humain derrière l’éleveur, et nous avons conscience que le changement de paradigme passera par l’évolution des systèmes.

 

Nous ne sommes pas dépositaires de la vérité, nous agissons selon ce qui nous semble juste.

 

 

Propulsé par Hel

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